La maison de porcelaine de Robinson Crusoé

Publié le par afa

 

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Après avoir vécu 28 ans sur une île déserte, Robinson Crusoé continue ses voyages....


Extrait de Robinson Crusoé de Daniel Defoe :


"La route, de ce côté-là du pays, est très-peuplée : elle est pleine de potiers et de modeleurs, c’est-à-dire d’artisans qui travaillent la terre à porcelaine, et comme nous cheminions, notre pilote portugais, qui avait toujours quelque chose à nous dire pour nous égayer, vint à moi en ricanant et me dit qu’il voulait me montrer la plus grande rareté de tout le pays, afin que j’eusse à dire de la Chine, après toutes les choses défavorables que j’en avais dites, que j’y avais vu une chose qu’on ne saurait voir dans tout le reste de l’univers. Intrigué au plus haut point, je grillais de savoir ce que ce pouvait être ; à la fin il le dit que c’était une maison de plaisance, toute bâtie en marchandises de Chine (en China ware). – « J’y suis, lui dis-je, les matériaux dont elle est construite sont toute la production du pays ? Et ainsi elle est toute en China ware, n'est-ce pas ? » – « Non, non, répondit-il, j’entends que c’est une maison entièrement de China ware, comme vous dites en Angleterre, ou de porcelaine, comme on dit dans notre pays. » – « Soit, repris-je, cela est très possible. Mais comment est-elle grosse ? Pourrions-nous la transporter dans une caisse sur un chameau ? Si cela se peut, nous l’achèterons. » – « Sur un chameau ! » s’écria le vieux pilote levant ses deux mains jointes, « peste ! une famille de trente personnes y loge. »

Je fus alors vraiment curieux de la voir, et quand nous arrivâmes auprès je trouvai tout bonnement une maison de charpente, une maison bâtie, comme on dit en Angleterre, avec latte et plâtre ; mais dont touts les crépis étaient réellement de China ware, c’est-à-dire qu’elle était enduite de terre à porcelaine.

L’extérieur, sur lequel dardait le soleil, était vernissé, d’un bel aspect, parfaitement blanc, peint de figures bleues, comme le sont les grands vases de Chine qu’on voit en Angleterre, et aussi dur que s’il eût été cuit. Quant à l’intérieur, toutes les murailles au lieu de boiseries étaient revêtues de tuiles durcies et émaillées, comme les petits carreaux qu’on nomme en Angleterre gally tiles, et toutes faites de la plus belle porcelaine, décorée de figures délicieuses d’une variété infinie de couleurs, mélangées d’or. Une seule figure occupait plusieurs de ces carreaux ; mais avec un mastic fait de même terre on les avait si habilement assemblés qu’il n’était guère possible de voir où étaient les joints. Le pavé des salles était de la même matière, et aussi solide que les aires de terre cuite en usage dans plusieurs parties de l’Angleterre, notamment dans le Lincolnshire, le Nottinghamshire et le Leicestershire ; il était dur comme une pierre, et uni, mais non pas émaillé et peint, si ce n’est dans quelques petites pièces ou cabinets, dont le sol était revêtu comme les parois. Les plafonds, en un mot touts les endroits de la maison étaient faits de même terre ; enfin le toit était couvert de tuiles semblables, mais d’un noir foncé et éclatant.

C’était vraiment à la lettre un magasin de porcelaine, on pouvait à bon droit le nommer ainsi, et, si je n’eusse été en marche, je me serais arrêté là plusieurs jours pour l’examiner dans touts ses détails. On me dit que dans le jardin il y avait des fontaines et des viviers dont le fond et les bords étaient pavés pareillement, et le long des allées de belles statues entièrement faites en terre à porcelaine, et cuites toutes d’une pièce.

C’est là une des singularités de la Chine, on peut accorder aux Chinois qu’ils excellent en ce genre ; mais j’ai la certitude qu’ils n’excellent pas moins dans les contes qu’ils font à ce sujet, car ils m’ont dit de si incroyables choses de leur habileté en poterie, des choses telles que je ne me soucie guère de les rapporter, dans la conviction où je suis qu’elles sont fausses. Un hâbleur me parla entre autres d’un ouvrier qui avait fait en fayence un navire, avec touts ses apparaux, ses mâts et ses voiles, assez grand pour contenir cinquante hommes. S’il avait ajouté qu’il l’avait lancé, et que sur ce navire il avait fait un voyage au Japon, j’aurais pu dire quelque chose, mais comme je savais ce que valait cette histoire, et, passez-moi l’expression, que le camarade mentait, je souris et gardai le silence."

Daniel Defoe

 

 


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