Disgression littéraire sur les potiers d'Herbignac en 1829 et marché de potiers 2010
Extrait de : Histoire Nationale Ou Dictionnaire Géographique
De Toutes Les Communes Du Département De L'Aude
Par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau et Claude-Ignace Brugière de Barante
Éditeur : Baudouin frères, 1829.
« HERBIGNAC, bourg de l'arrondissement et à 7 lieues N. O. de Savenay, 15 lieues 1/2 N. O. de Nantes, ch.-l. de canton. Pop. 2,700 hab. (Le canton d'Herbignac renferme 4 communes et 7,892 hab.)
Ce bourg est situé sur une petite éminence, au milieu d'un pays plat et marécageux, où se trouve uue grande étendue de landes. On y voit quelques terres cultivées en froment, mais l'agriculture est loin d'être dans un état florissant. (....)
Le sol, schisteux et granitique, est recouvert d'une couche de glaise, sur laquelle repose une couche de 6 à 8 pouces de terre de bruyère. On y trouve les argiles micacées les plus belles du département, ce qui a facilité l'établissement de nombreuses fabriques de poterie de terre à l'usage des communes voisines ; fabriques sur lesquelles nous croyons devoir donner quelques détails.
Sur une population d'environ 3000 âmes, un tiers, c'est-à-dire presque la moitié des habitants de la partie basse de la commune, exerce le métier de potier, pendant que le reste s'adonne à l'agriculture et se contente de cultiver les champs de ses pères, car ses vues ne se portent pas plus loin. On sera peut-être étonné de trouver, dans un si petit canton, près de deux cents familles de la même profession. Plusieurs raisons ont contribué à cette agglomération de potiers : la position du lieu, la nécessité, la facilité, le penchant pour un état dans lequel on a été élevé et qu'on a sans cesse sous les yeux, et l'encouragement : voilà les causes qui ont augmenté, et qui augmentent encore chaque jour le nombre des familles de potiers. L'habitant de ces hameaux éloignés les uns des autres, se trouvant placé sur un sol assez ingrat pour la végétation, a trouvé dans la terre une ressource pour écarter la misère. C'est en fouillant dans certains endroits à une profondeur de huit à dix pieds, qu'il en retire une argile propre à faire des vases assez grossiers, mais susceptibles d'être mieux polis. C'est l'homme qui tire la terre, la pétrit et fait les pots ; la femme coupe la bruyère pour les cuire, et pile la terre : quelquefois elle conduit les vases au marché et en rapporte l'argent. A l'âge d'environ douze à treize ans, les enfans commencent à travailler, les garçons font des petites écuelles, des cafetières qui ont leur débit ; les jeunes filles remplacent leur mère, qui s'adonne alors plus particulièrement au soin de son ménage : cependant le mobilier d'un potier est bien peu de chose , une petite maison assez basse, n'ayant qu'une porte, un mauvais lit à coffre à côté de la cheminée, de l'autre une ou deux roues valant à peu près dix francs, un méchant coffre, rarement une armoire, pas de chaises, une table, quelquefois plus chargée de terre que de bon pain ; une vache assez maigre, un petit cheval pour transporter les pots, et un cochon pour celui qui est un peu dans l'aisance, voilà à peu près toute la fortune du potier. Il y a des familles qui sont plus à l'aise ; mais rarement cette espèce de gens cherche à devenir riche. Le vin et le tabac sont les choses qu'ils désirent avec une espèce de fureur. Il n'est pas rare de voir une femme et des enfans vêtus de haillons et privés de pain, sans que pour cela le mari soit plus économe dans ses dépenses. Il passera deux ou trois jours au cabaret sans penser à sa famille. Rarement il revient du marché sans avoir depensé une grande partie du profit qu'il aurait pu faire. Le peu d'aisance et son incapacité à faire quelqu'économie, sont peut - être les causes principales qui l'empêchent de perfectionner : c'est pourquoi le vernis qu'on emploie, quoique peu dispendieux , n'est que très imparfait. Dans un vase de fonte, c'est ordinairement un chaudron, on fait fondre une quantité de plomb que l'on remue continuellement avec un bâton jusqu'à ce qu'il soit entièrement brûlé ou réduit en cendre grisâtre ; dans un autre vase, on délaie de la bouse de vache avec de l'eau. Le pot destiné à être verni a d'abord essuyé une première cuisson , car jamais on ne vernit à la première. On le barbouille avec cette bouse, sur laquelle on répand légèrement un peu de cette cendre de plomb. On place le tout au four, et l'on chauffe par degrés jusqu'à ce que le plomb soit entièrement appliqué. J'ai vu quelques potiers, au lieu de bouse, se servir de farine d'avoine : aussi le vernis était-il plus clair, plus uni et moins défectueux. Cependant tous ces vernis n'ont jamais un beau poli. La terre à pot d'Herbignac ne serait-elle donc pas susceptible de porter un vernis blanc ou bleu comme la faïence ? A l'ancienne méthode, ne pourrait-on pas en substituer une meilleure et une plus brillante ? Il serait à désirer que des personnes instruites dans cet art s'employassent pour lui faire subir quelques améliorations. Les campagnes, au lieu de ces plats et de ces écuelles de terre brute, ou enduites d'un mauvais vernis verdâtre, pourraient se servir de vases pareils à ceux des habitans des villes. Un grand nombre des cantons de la Bretagne jouirait de cet avantage. Nantes, Vannes, Lorient, Redon, Guerande, y gagneraient peut-être une économie. Mais attendre quelque perfectionnement du potier lui-même, c'est ce qui n'aura jamais lieu ; car le fils suit la routine de son père, le petit-fils celle de son ayeul, et tous font des pots, des écuelles, des plats, des buies , des padelles , des casseroles de la même forme que celle des anciens potiers.
La terre à pot d'Herbignac vaut, en général, mieux que celle de Rieux, qui est plus sablonneuse, pourvu qu'on ne l'applique pas sur le feu ; car alors elle risque d'éclater. On a trouvé le moyen de remédier à cet inconvénient, en mêlant un peu de sable avec la terre. Ce mélange la rend plus grossière et moins unie, mais meilleure pour tous usages.
Le potier fait ordinairement sept à huit buies par jour, et chaque buie (cruche à large ventre que les femmes portent sur leur téte) vaut environ six ou sept sous. Les frais d'achat de la bruyère pour les cuire et ceux du transport en diminuent un peu le gain ; et, si on en déduit encore ceux du vernis, le tout peut revenir à quatre sous la pièce, sans entrer dans les accidens qui peuvent avoir lieu. Ainsi un potier peut gagner vingt-quatre à vingt-huit sous par jour.
(...)Comme la plupart des paysans bretons, l'habitant d'Herbignac croit aux sorciers et aux revenants. L'ami-Courtais est un grand fantôme de dix pieds de haut, qui parcourt les landes pendant la nuit en poussant des cris lugubres; malheur à celui qui lui répond, car il est assuré de perdre la vie. Le lutin, sous la forme d'un bélier égaré, se joue de la méprise du berger.... L'orfraie, par ses cris aigus, jette l'alarme dans tout un canton, et annonce qu'un homme des environs doit bientôt mourir.... La pie, qui nettoie les chemins en renversant le crotin de cheval, annonce qu'un mort doit y passer dans peu de jours Les mendiants jettent des sorts. On entend, la veille des grandes fêtes, des réunions de sorciers qui dansent sur les coteaux : on y remarque la trace de leurs pas par l'herbe foulée en forme de cercle, dans lequel il y a toujours une entrée.
Et mille autres contes tout aussi absurdes , qu'il serait trop long de rapporter. »
Propos de Eusèbe Girault de Saint-Fargeau et Claude-Ignace Brugière de Barante édité en 1829
Extrait actuel du site de la commune d'Herbignac :
« La commune est située au croisement des principaux axes de communication : Nantes - Vannes et Guérande - La Roche-Bernard - Redon.
On comprend alors la situation du Château de Ranrouët, magnifique vestige d’époque médiévale, verrouillant la Presqu’île Guérandaise, et réglementant le commerce du sel, ainsi que la production de poteries, puisque Herbignac était un centre potier breton de première importance depuis l’époque gallo-romaine. Cette activité s’est arrêtée en 1945. Heureusement, depuis quelques années, plusieurs potiers se sont à nouveau installés à Herbignac où ils exercent leurs talents et exposent leurs oeuvres.
Ce patrimoine fait aujourd’hui l’objet de recherches et d’une mise en valeur grâce à une exposition visible à la Maison du Tourisme et du Patrimoine, dans le centre bourg, rue Pasteur.
Enfin, les samedi et dimanche du week-end de l’Ascension, le Marché de potiers d’Herbignac, renoue avec l’Histoire et la Tradition. »
15 et 16 mai 2010
12ème marché de potiers à Herbignac