Définition de l'argile en 1816

Publié le par afa






"Dictionnaire des Sciences Naturelles,
dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'aprés l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les arts."

Publié 1816


Les caractéristiques de l'Argile :

Les argiles ayant peu de caractères importans et très distinctifs, il faut accumuler le plus qu'il est possible de caractères accessoires pour aider à les reconnoître.

Elles se délaient dans l'eau avec assez de facilité, et s'y réduisent en une bouillie qui, ramenée à une certaine consistance, a de l'onctuosité, une sorte de ténacité, se laisse allonger dans diverses directions sans se briser. Cette propriété existe avec plus ou moins d'intensité dans toutes les argiles connues.

Cette pâte argileuse, desséchée, conserve de la solidité; exposée à un feu suffisant, elle en acquiert encore plus, et devient même tellement dure qu'elle peut étinceler par le choc de l'acier : alors elle a perdu la propriété de se délayer dans l'eau et de faire pâte avec elle.

Ces deux caractères conviennent à toutes les argiles, et les distinguent de toutes les pierres connues, simples ou melangées. Il est vrai qu'ils ne sont pas portés dans toutes les variétés d'argiles au même degré d'intensité, mais ils s'y manifestent toujours plus ou moins.

Ce sont ces propriétés qui serviront à distinguer les argiles , même celles qui sont feuilletées , des schistes, qui, dans aucune circonstance, ne se délaient et ne font pâte avec l'eau : ce sont elles qui les distingueront des cornéennes, des trapps, des serpentines et autres pierres à cassure terne et terreuse, qui ne font en aucune manière pâte avec l'eau ; ce sont enfin ces caractères qui sépareront les marnes ou argiles effervescentes, des craies qui se délaient dans l'eau, mais qui n'y acquièrent point de ténacité et ne prennent aucune dureté par l'action du feu.

Les argiles sont infusibles par elles-mêmes, et on en trouve beaucoup dans la nature qui, sans être pures, résistent à l'action d'un feu violent sans se fondre. On sait que le mélange de quelques terres, et notamment celui de la chaux, lorsque ces terres y sont en quantité suffisante, rend les argiles fusibles.

Non seulement l'action du feu durcit les argiles et tous les mélanges terreux dans lesquels cette terre domine par ses propriétés, mais elle leur fait éprouver une diminution de volume nommée retraite, qui varie selon les circonstances : en diminuant de volume elles perdent une partie de leur poids, ce que l'on doit attribuer en partie à l'eau qu'elles retiennent avec une grande force, et qu'elles n'abandonnent totalement que par un feu violent.

Les argiles doivent à cette affinité pour l'eau une autre propriété qu'on remarque dans la plupart de leurs variétés : c'est la faculté d'absorber ce liquide avec vivacité et même avec sifflement, et de s'attacher à la langue en s'emparant promptement de l'humidité qui est constamment répandue à sa surface. On dit des argiles et de quelques autres pierres qui ont cette faculté, qu'elles happent à la langue.

On a donné encore comme caractère des argiles la propriété qu'ont quelques-unes de ces pierres de répandre une odeur particulière par l'insufflation de l'haleine : mais il est reconnu actuellement que ce caractère n'appartient qu'aux argiles impures et ferrugineuses ; que c'est au fer oxidé qu'elles contiennent qu'on doit l'attribuer en grande partie, et que des pierres qui ne contiennent pas du tout d'alumine, le possèdent également ; telle est la calcédoine pulvérisée.

Enfin la plupart des argiles sont douces au toucher, se laissent couper au couteau et même polir par le frottement du doigt.

Nous venons d'exposer les caractères des argiles à peu près dans l'ordre de leur importance. Il y a quelques variétés de ces substances qui en présentent d'autres , mais ils sont étrangers à l'argile; ils tiennent aux matières qui les souillent, et serviront à distinguer ces variétés entre elles : ces caractères sont les couleurs , l'effervescence par les acides, la grande fusibilité.

Les matières qui altèrent la pureté des argiles sont la silice, le fer oxidé, la chaux carbonatée, la magnésie, le fer sulfuré , les combustibles végétaux en partie décomposés.

La silice leur donne de l'apreté , et leur enlève quelquefois leur liant, leur ténacité.

Le fer les colore, tant à froid qu'à chaud, et leur donne de la fusibilité lorsque les argiles sont impures et qu'il est en quantité suffisante.

Les sulfures de fer, en se décomposant, y introduisent l'oxide de fer, matière colorante et fondante des argiles.

La chaux carbonatée, en quantité suffisante, leur donne la propriété de faire effervescence avec les acides, et leur communique une grande fusibilité.

Enfin , la magnésie leur imprime quelquefois un caractère particulier d'onctuosité, mais ne les rend pas fusibles, comme on l'a cru. C'est la substance qui s'y trouve le plus rarement.


Extrait d'une définition de 1816




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