De la falaise aux galets "si lisses"
Etretat
Les falaises du Pays de Caux (Fécamp, Etretat, St Valery en Caux…), constituées de craie et de silex, produisent depuis des millénaires, par éboulement et érosion, une quantité importante de galets.
Nombre de ces galets sont transportés par l’eau, roulés par les vagues, polissés par les courants et les marées, qui les remontent vers le nord pour terminer leur course, dans le sud de la Baie de Somme, à Cayeux sur Mer.
Au cours de l’Histoire, l’intérêt pour le galet fut d’abord belliqueux. Utilisés comme projectiles ronds pour les frondes puis pour les armes de guerre, les galets furent convoités et transportés par des navires qui venaient ramasser de pleines cargaisons pour fournir places fortes et châteaux forts durant la Guerre de Cent ans. L’invention de la poudre et des armes à feu mit fin à cette première exploitation.
Puis les galets connurent un regain d’intérêt à la fin du XVIIIème siècle grâce aux potiers anglais qui brûlèrent ces galets, les réduire en poudre, pour introduire cette substance (silice) dans leurs pâtes céramiques améliorant ainsi la solidité et la blancheur. Le succès de ces faïences fines et porcelaines anglaises fut considérable. Un trafic important se mit en place. De bateaux anglo-saxons chargés de charbon venaient accoster sur les côtes de la Manche normande et picarde pour retourner chez eux, remplis de galets.
Anna Weyerberg 1887
La qualité des galets de Cayeux sur Mer, érodés à la perfection, permit à cette région de trouver son « or bleu ». En 1860, Cayeux sur Mer produisait 15000 tonnes et 100 000 tonnes en 1900. Les galets étaient transportés sur de grands radeaux ; de nombreux marins trouvèrent la mort, pris au piège des courants et des bancs de sable de la Baie de Somme. La conquête du galet bleu, du « galet céramique » (99% de silice), de la cristobalite prit toute son ampleur...
En fonction de leurs caractéristiques (forme, couleur, teneur en silice...), les galets sont aujourd’hui exploités dans la fabrication d’une grande gamme de produits.
Les galets peuvent être concassés pour obtenir des sables incorporés au béton ou réduit en poudre abrasive pour papier de verre.
Les galets ronds sont utilisés dans des broyeurs pour moudre d’autres substances.
La calcination (à 1600°C) des galets les plus riches en silice permet d’obtenir la cristobalite, utilisée en céramique.
Cristobalite (SiO2): Variété de silice cristallisée. Résultat de la chauffe du quartz à haute température avec augmentation de son volume de 16 à 17%. Stable à hautes températures, son point de fusion est à 1723°C. Incorporé à une couverte ou un tesson, la cristobalite évite les fentes.
Définition du Dictionnaire encyclopédique Céramique de Jean-Paul Van Lith
Une calcination à plus basse température (800°C – 100°C ) permet la fabrication de peintures (les marquages blancs de nos routes) et entre, par exemple, dans la composition des dentifrices et maquillages.
La silice broyée crue sert également à la filtration des eaux ou comme gravier alimentaire dans les élevages de volailles…
L’exploitation fut si intense pendant les deux derniers siècles que le littoral normand fut menacé dans son équilibre écologique par la diminution de moitié de son stock de galets. Un arrêté de 1985 interdit aujourd’hui son ramassage à l’exception de Cayeux sur Mer où quelques entreprises ont un droit d’exploitation contrôlé.
Pour en savoir plus :
Les ramasseurs de galets d'antan
www.saint-jouin-bruneval.fr/ramasseurs_de_galets.htm